« Ce n’est pas du travail, c’est de l’humanité »
Quand l’État ne met pas en place d’aides suffisantes à l’intégration des ressortissants étrangers, les coopérations solidaires œuvrent. La langue est une barrière, l’apprendre est une clé.
Dans les quartiers chics des Chartrons, près de la place des Quinconces à Bordeaux, un grand bâtiment froid accueille une centaine de sans-papiers issus du monde entier. Un simple centre d’apprentissage pour certains, une famille par intérim pour d’autres. Cette association d’aide humanitaire française permet deux fois par semaine, à qui le souhaite, d’assister à des cours d’apprentissage de la langue française. Aucun papier d’identité n’est exigé, un simple nom suffit. Les fondamentaux sont enseignés par des volontaires qui consacrent leur temps et leur énergie à ceux qui en ont besoin. « Ce n’est pas du travail, c’est de l’humanité » confie Elisabeth Bedos, bénévole à la Croix-Rouge Bordeaux depuis plus de 10 ans. L’association offre un espace d’échange et d’apprentissage à une communauté composée de 34 nationalités différentes. « Les débuts sont parfois compliqués, s’amuse Elisabeth qui nous fait part des nombreux a priori entre nationalités. Mais les amitiés se créent avec le temps » déclare-t-elle émue.
Un langage universel
Quand le langage n’est pas le même, la discussion n’est pas nulle pour autant. Un langage universel s’installe entre les membres, parler avec les mains devient un moyen de communiquer malgré la barrière de la langue. Le centre propose une éducation culturelle et sociale qui permet aux nouveaux arrivants d’avoir toutes les bases pour une intégration dans le pays. Apprendre à remplir des documents administratifs, faire ses courses ou utiliser le tramway fait également partie des enseignements proposés. L’apprentissage du français devient parfois secondaire, les élèves habitués viennent surtout à l’association pour l’amour qu’ils reçoivent. « On essaye de les faire rire » conclut Elisabeth.
De l’autre côté de Bordeaux, L’ASTI (Association Solidaire avec Tous les Immigrés) œuvre également pour apprendre le français aux sans-papiers logés en ville. Yuriy, un jeune ukrainien réfugié en France depuis juillet 2023, attend son deuxième cours de la semaine devant l’établissement. Il essaie au maximum d’être présent à chaque cours. Ce grand blond aux yeux gris n’aime pas parler de son passé en Ukraine. Cependant, il admet avec un grand sourire que l’apprentissage du français lui a permis de s’intégrer en France à son arrivée. « Sans les cours, je serais seul ici » se confie-t-il.
Les associations ne proposent pas seulement un apprentissage du français, elles permettent d’accéder à une vie sociale.
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