En première ligne pour accompagner les plus fragiles, le métier d’éducatrice spécialisée est une vocation. Porté par le plaisir d’accompagner les personnes en difficultés et de leur permettre d’accéder à une place dans la société. Travaillant auprès de publics vulnérables – enfants en souffrance, adolescents en rupture, ou jeunes en situation de handicap, ces professionnelles sont confrontées à de nombreux défis sociaux au quotidien.
- Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre rôle d’éducatrice spécialisée ?
La fonction d’un éducateur spécialisé est d’accompagner et de soutenir des personnes en situation de handicap ou de vulnérabilité.
Mon rôle est d’accompagner des enfants et adolescents en situation de handicap intellectuel et de les soutenir dans leurs acquisitions, dans leur relation avec les autres et dans leur épanouissement. J’accompagne aussi les familles à faire face au handicap. Ma mission est de permettre aux jeunes de réussir leur insertion sociale.
L’éducateur spécialisé a aussi une fonction de médiateur pour préparer la société à accueillir des personnes en situation de handicap et favoriser l’inclusion.
- Quels types de handicaps accompagnez-vous principalement ?
J’exerce mon métier dans un IME (Institut Médico-Educatif). Les jeunes que j’accompagne sont âgés de 6 à 20ans et présentent une déficience intellectuelle, avec ou sans troubles associés. Certains jeunes sont atteints de polypathologies, telles que de l’épilepsie, des handicaps rares, des handicaps sensoriels ou des troubles autistiques.
- Comment adaptez-vous votre approche en fonction de chaque enfant ?
L’accompagnement des enfants sont individualisé et des objectifs d’accompagnements sont déterminés. En fonction de mes observations et de mes hypothèses, et en concertation avec mon équipe éducative et thérapeutique, j’adapte mes propositions d’activités.
Il est très important de se mettre à la hauteur de l’autre. Je veille à ce que ma communication soit adaptée à son niveau de compréhension.
Situations délicates :
1. Comment gérez-vous les situations de crise, par exemple lorsqu’un enfant exprime sa colère de manière intense ?
Il est important de garder la maitrise de soi. L’expression de la violence chez un enfant vient signifier une difficulté. L’éducateur aide l’enfant à identifier ce qui le met en colère et à exprimer ses émotions de façon adaptée.
Cependant, dans les cas extrêmes, je dois protéger l’enfant de possibles automutilations, de violences vis-à-vis des autres, ou même des attaques qui pourraient m’être adressés. Des techniques de contenance (enlacer l’enfant de façon à le protéger) ou des lieux d’apaisement (pièce sécurisée) sont utilisées.
2. Avez-vous déjà été confrontée à des menaces ou des comportements agressifs ? Comment réagir dans ces moments-là ?
Oui. Les jeunes que j’accompagne ont des vécus familiaux parfois difficiles et ils peuvent exprimer leurs difficultés avec des comportements agressifs et violents. Dans ces cas-là, je tente de désamorcer la colère ou de faire diversion. Trouver un autre sujet peut permettre à l’enfant de se calmer.
Si je suis trop impliquée, et que le jeune focalise sa colère sur moi, je demande à un collègue de prendre le relai.
3. Quels sont les signes avant-coureurs d’une crise chez un enfant, et comment anticipez-vous ces moments ?
Un refus d’activité, une difficulté rencontrée, un conflit avec un autre. Les signes peuvent être multiples. Pour les anticiper, il faut que les professionnels soient suffisamment nombreux et attentifs pour répondre aux besoins des enfants.
4. Le contact avec les familles peut-il parfois être compliqué ? Comment collaborez-vous avec elles pour assurer le bien-être de l’enfant ?
La place de la famille est centrale et nous ne nous substituons pas à elle. Les familles ont parfois besoin d’être accompagnée, à leur rythme, dans l’acceptation du handicap de leur enfant.
Globalement, le lien avec les familles est plutôt bon. Nous les impliquons dans l’accompagnement de leur enfant. Une rencontre est organisée 1 fois par an.
Les difficultés que je peux rencontrer avec les familles sont les limites de compréhension pour des parents eux-mêmes en situation de handicap, ou non-lecteurs. Cela nécessite une adaptation de ma part.
5. Quels dispositifs ou formations sont mis en place pour vous aider à faire face aux risques et aux difficultés du métier ?
Des espaces d’écoute et d’échange nous sont proposés. Des séances d’analyse de pratique mensuelles permettent de partager nos expériences et d’échanger sur les difficultés rencontrées.
- Avez-vous des anecdotes marquantes sur des situations difficiles que vous avez réussi à gérer ?
J’avais repéré qu’une jeune fille pouvait manifester de grosses colères, se blessant et se montrant menaçante vis à vis des autres, face à des changements d’emploi du temps, ou des absences de jeunes ou d’éducateurs.
J’ai mis en place avec elle un emploi du temps personnalisé, actualisé chaque matin, intégrant les imprévus, les rendant donc prévisibles. De plus, dans l’incapacité d’exprimer ses émotions avec des mots, j’ai mis un système de pictogrammes à sa disposition, lui permettant de me prévenir de son état émotionnel. Ces outils ont permis de diminuer significativement les troubles.
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